Je con-cours

Quadruple le 16-03-2018 à 17.46 #5 #2

Première épreuve

“ J’ai connu des excitations très fortes, j’ai eu des orgasmes, de gros orgasmes et de petits orgasmes, des orgasmes de souris blanches et des orgasmes de baleine, pour vous donner un point de comparaison. Des orgasmes qui me prenaient la chatte et venaient irradier mon cerveau, d’autres plus légers qui ne faisaient que très légèrement frétiller mon clitoris. Mais je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir épuisé toutes les possibilités. Voilà ce que je venais de comprendre…” en découvrant l’annonce d’un excitant jeu concours.

Cet extrait d’Ectasy de Ryû Murakami m’est revenu en parcourant les quelques lignes d’une annonce qui a immédiatement attisé ma curiosité et embrasé mon corps.

Un mystérieux inconnu proposait de gagner une soirée inoubliable de plaisir, dans un cadre luxueux, avec orgasmes multiples garantis. Le jeu serait ponctué de différentes épreuves qu’il fallait relever afin de remporter le gros lot. Il me semblait, à tort, être ouvert à toute femme désireuse de se faire sauter par le premier venu et j’exprimais mon envie de concourir. L’organisateur opérait en fait à une sélection préalable sur photos et alimentait l’excitation des concurrentes à coup de belles phrases et de poèmes érotiques. Le joueur anonyme semblait, au travers de ses mots, un homme ferme, sûr de lui, vicieux et élégant à la fois, mettant de la beauté et de la subtilité dans son indécente proposition. J’aime les surprises, j’adore les défis et je mouillais déjà à l’idée de me mettre en quatre pour charmer, pour exciter, pour obséder un homme dont je ne savais rien. J’envoyais des clichés de mon corps nu : cambrée à quatre pattes, simplement parée d’une jarretière ou lascivement étendue les jambes gainées de bas soutenus par un porte jarretelle. J’accompagnais mes photos d’un poème.

 Petite catin toute excitée de se montrer,
Corps exhibé à un mystérieux inconnu,
Répondre à ses envies pour ne pas le frustrer,
N’a-t-elle pas de limites la coquine ingénue ?
C’est qu’il est fort habile ;
Exigences pernicieuses,
Pour troubler la débile,
Réveiller la vicieuse.
L’imaginer en elle ;
Dépendance insidieuse,
Et déjà elle ruisselle,
La poupée licencieuse.

Ma candidature a retenu son attention et j’ai reçu les instructions tant attendues. La première épreuve consistait en l’envoi d’une lettre de motivation accompagnée de l’enregistrement sonore de son plus bel orgasme. Et c’est pleine du désir de jouir de l’inconnu que je me mis à la rédaction de la lettre d’auto-promotion qui me faisait entrer totalement dans le jeu, jeu qui allait bientôt m’engloutir.

 

Popins                                                                                Monsieur l’organisateur du jeu-concours

Genève, le 1er Avril 2015

Monsieur,

Vous mettez au concours une extraordinaire nuit de plaisir en compagnie d’un homme charmant et animal, égoïste et généreux, de l’homme merveilleusement complexe que vous êtes. La lauréate devra être capable de s’abandonner totalement à vous, prête à assouvir tous vos désirs, se montrer tantôt angélique et câline, caressant la peau moite de celui qui vient de jouir en elle, tantôt sauvagement bestiale, offrant son con et son cul à celui dont elle lèche habilement l’anus. Bien sûr, les compétences sexuelles ne doivent pas être les seuls atouts de la parfaite amante d’un soir. Elle se doit d’être sublime, élégante, drôle et cultivée, et doit pouvoir, au delà de la jouissance charnelle, régaler l’esprit de son partenaire, se montrer attentive à son bien être, anticiper ses désirs, une femme à l’image d’une geisha.

Je suis la candidate idéale pour assumer ce rôle. Vous rencontrerez une jolie femme sans artifice, simplement excitante, naturellement bandante. Mes grands yeux bleus sauront vous charmer d’un battement de cils longs et fournis qui accentuent un regard coquin et rieur. Vous ne pourrez que sentir monter en vous le désir lorsque je pincerai de gourmandise mes fines lèvres, subtils contours d’un large sourire ou que je caresserai ma nuque fine et délicate surplombée d’un carré court de cheveux blonds. L’innocence de mon visage contraste avec la lubricité de mon être. J’aime jouir des atouts dont dame nature m’a généreusement dotée. La douceur de ma peau n’est qu’invitation aux caresses, la souplesse de mon squelette n’est qu’incitation à la débauche. Mon corps semble fait pour le sexe et je l’utilise à ce pour quoi il est prédestiné.

Il m’est arrivé de supplier un homme d’arrêter de me faire jouir, au milieu d’un cri, tellement les orgasmes devenaient au fil des heures insoutenables. C’est d’ailleurs mon meilleur amant, habile de la langue et des mains, qui lui même m’a honorée du titre de meilleure partenaire sexuelle. Je l’ai inondé à de nombreuses reprises, il me buvait littéralement. J’ai aussi goûté à la soumission avec un Maître ferme et intransigeant qui m’a mise en état de transe. Il n’hésitait pas à me cracher au visage tandis que sa queue s’engouffrait au fond de ma gorge. Je me suis également offerte à un inconnu. Non pas l’inconnu de boite de nuit, autre plaisir, l’inconnu que vous n’avez jamais vu ni entendu. Quelques échanges courts, un sms    “ je suis nue sur mon canapé, je t’attends, viens vite” et une nuit de jouissance sublimée par l’excitation de l’indécence. Il a commis l’erreur de m’appeler avant d’arriver ce qui a, je dois le dire, atténué le mystère et a minima mon plaisir. Si je con-cours à ce jeu c’est dans l’espoir de revivre un mélange de ces trois merveilleuses séries d’orgasmes.

Je nous imagine nous rencontrant pour la première fois, rien que quelques indices préalables, juste un écran de projection de nos propres fantasmes. Je vous laisse les commandes des vibrations de mon antre et, au milieu de parfaits inconnus qui nous prennent pour un couple amoureux et complice, nous faisons connaissance. Nous découvrons la personne avec qui nous partagerons une nuit de plaisir et de vice. Prendre du plaisir, donner du plaisir, seules ambitions d’une soirée hors du commun. Je ne cherche pas l’amour, je ne cherche pas à briser un couple heureux, vous pouvez être assuré de ma discrétion. Je veux gagner la nuit avec vous, les apparats me sont accessibles et j’ai des amants lorsque je le souhaite. J’aime vous exciter au travers des mots, vous faire bander et vous sentir fiévreux. Je ne peux toutefois, au risque d’être exclue du concours, accepter de vous faire découvrir ma voix, mon souffle, mes râles, tout comme je ne voudrais pas entendre la vôtre. Je souhaite préserver le mystère : ne me croyez pas insoumise. Je ne veux pas hypothéquer mon plaisir. Je regrette de ne pouvoir satisfaire à l’intégralité des exigences mais soyez assuré que je me rattraperais au cours des prochaines épreuves si vous m’en donnez l’opportunité.

Je vous implore de faire de moi votre traînée de luxe, sans voix jusqu’à ce que vous m’entendiez jouir, votre queue au fond de moi.

Dans l’attente recevez, Monsieur, mes salutations les plus lubriques.

Popins

Il se montra conciliant malgré l’aphonie que je m’imposais en me laissant une seconde chance. Il m’ordonna de faire preuve d’imagination et de créativité pour le faire jouir en compensation de mon silence sous peine d’exclusion du concours. Cet homme m’obnubilait et j’étais prête à tout pour continuer à jouer, prête à tout pour l’avoir et gagner la partie. Mon excitation alimentait ma créativité, je débordais d’envie de lui. Comment le surprendre ? Il est facile de jouer avec les images, jouer avec les mots est plus ardu. Il voulait entendre ma voix, j’ allais lui montrer mon corps en mouvement. J’ai réalisé un court métrage, non pas une sextape vite fait mais un film juste pour Monsieur x, avec un générique à son attention ; la facilité peut être mais une facilité zélée. Je me mettais en scène, caressais mes seins, présentais mon cul sans jamais montrer mon visage le tout sur les râles de Jane Birkin invitant Serge à le rejoindre. Je n’étais plus qu’une marionnette qui obéissait aux injonctions de celui qui tenait désormais les ficelles de mon être : je prenais vie lorsqu’il le désirait. C’est quand j’ai reçu l’intitulé de la seconde épreuve que j’ai pris toute la mesure de la perversité du Maître de mon je et de l’exquise emprise qu’il avait sur moi.

****

Deuxième épreuve

 

« Je vous ai réservée une chambre à « L’arbre de Penthée ». Vous y serez attendue. »

A la lecture de cette invitation ou plutôt de cette injonction, je souris et ma respiration s’accéléra sous l’effet de l’excitation. Je ne savais rien de l’épreuve qui m’attendait, juste un indice, l’organisateur du concours était un voyeur. « L’arbre de Penthée » est un magnifique hôtel particulier sur les bords du lac, bien connu des helvètes amateurs de sexualité libérée. Les propriétaires sont très actifs dans le milieu libertin genevois et organisent des soirées privées, accessibles uniquement sur invitation. Il est aussi possible de louer l’une des deux suites équipées de miroir sans tain. L’horaire de ma convocation me faisait pencher pour la seconde option. Après avoir joué avec les mots, le jeu semblait désormais passer par une mise en situation. Mon esprit était tout autant emballé que mon corps. Que voulait-il me voir faire faire ? Qui allait m’attendre pour me mettre à l’épreuve ? Monsieur x ? L’attente jusqu’au jour J me parut interminable. Les scénarios dans ma tête se faisaient de plus en plus présents et j’avais du mal à penser à autre chose. Je discutais avec deux amis et voilà que je m’imaginais offerte à un couple de libertins,  tout comme le sourire et le décolleté de la boulangère m’imposaient le désir de plaisirs saphiques. Je nouais la fine ceinture de ma robe et j’étais transportée en pleine séance de bondage. Aucune mise en scène ne l’emportait sur l’autre. Je désirais juste me soumettre aux exigences du maître du jeu. Et c’est avec les dessous trempés en permanence que je supportais l’interminable semaine qui me séparait du jour du rendez-vous.

— Bonjour !

— Bonjour Popins ! me répondit le majordome en uniforme qui se tenait devant la porte de l’imposante bâtisse.

J’étais annoncée et attendue. Il ouvrit la lourde porte en fer forgé ornée d’un magnifique vitrail. Je suis entrée.

— Je vous accompagne à l’étage. Suivez moi je vous prie, dit le petit homme aux gants blancs.

Une fois sur le palier, il prit congé en me tendant une enveloppe épaisse. Elle contenait une bande de soie noire et un message manuscrit « Frappez à la porte les yeux bandés ». J’allais être vue sans pouvoir voir, l’excitant miroir me semblait inutile tout à coup. Je m’exécutai, ajustant le délicat tissu sur mes paupières et le nouant fermement. C’est à l’aveugle que je frappai à la porte, mettant enfin un terme au délicieux supplice de l’attente. J’entendis la porte s’ouvrir et une main fine et douce enserra mon poignet et m’invita à entrer, une délicate main de femme. Le bruit de nos talons sur le parquet rompait le silence environnant. Après une balade dans la pièce, ma guide s’arrêta. Ses doigts parcouraient à présent mes épaules, descendaient le long de mes bras jusqu’au bout de mes mains puis remontaient se rejoindre dans ma nuque avant de reprendre leur ballade sur ma peau. Un frisson de plaisir me traversait sous la douceur des caresses. Le souffle dans mon cou m’annonça l’imminence d’un baiser, ce qui n’a fait qu’accentuer mon inondation. Après ses lèvres, c’était maintenant sa langue qui glissait du lobe de mon oreille à la naissance de ma clavicule. Je désirais que ce balancement exquis ne s’arrête jamais. Son parfum m’enivrait, une odeur à la fois douce et épicée, j’en perdais la tête. Mon bandeau était superflu, mes paupières closes de plaisir avaient pris son rôle. Ses lèvres finirent par se poser sur les miennes, nos langues s’accouplaient et nos salives se mêlaient, un moment qui aurait pu durer toute l’éternité.

— Je m’appelle Salomé, me susurra la nymphe pendant que ses mains déboutonnaient ma robe.

Le bout de tissu soyeux tomba à mes pieds. Je ne portais plus que mes sous-vêtements, mes bas et mes talons. C’est dans cette non-tenue qu’elle me guida jusqu’au lit et me fit m’allonger. Après un moment, je sentis son corps creuser le matelas à mes côtés, mon sourire s’élargit, je craignais d’être privée d’elle. Je découvrais la douceur exquise de sa peau. Elle était nue et je parcourais son corps sans obstacle. Sa nuque était longue, son visage fin, ses seins généreux, ses fesses rebondies. J’essayais à tâtons de me la représenter et ce que mes mains me donnaient à voir me ravissait. Je portais encore ma fine culotte en dentelle mais elle m’avait libérée de mon soutien-gorge et sa langue titillait mes tétons, roulait autour des petits bouts durcis. Je soupirais et mon bassin se mit en mouvement, mon intimité me brûlait de désir. Salomé était tout autant excitée, elle frottait son trou baveux sur ma jambe, je sentais sa mouille couler sur ma cuisse. J’ai refermé mes mains sur ses hanches, fermement. Nos deux corps glissaient l’un contre l’autre. Un « viens » presque implorant a appelé sa chatte qui est venue à portée de ma bouche. J’y ai enfoui ma langue sans même lui lécher le clitoris. Je voulais sentir le goût de son sexe ; elle était délicieuse. Elle haletait, grognait sous mes lapements. Rapidement elle jouit, inondant mon visage. Je répondais à ses reflux par des râles de plaisir. Je n’en pouvais plus. Mes mains ont lâché ses fesses et sont instinctivement descendues caresser mon clitoris tout gonflé par-dessus ma dentelle détrempée. Salomé m’a stoppée net.

–—Le Maître ne veut pas.

Le Maître ! Je l’avais oublié, toute emportée dans mon plaisir du moment. J’avais oublié celui qui m’avait fait venir ici pour nous épier Salomé et moi, j’avais oublié le miroir, j’avais oublié le jeu. Mes paupières se sont immédiatement ouvertes de surprise, réflexe inutile qui ne me rendait pas la vue mais je sentais maintenant un regard masculin posé sur moi, posé sur nous. Salomé me prit les poignets, les releva au dessus de ma tête et les attacha ensemble au cadre du lit. Puis elle fit glisser ma culotte et s’attela à lier mes chevilles chacune à un coin opposé, lentement, l’une après l’autre, ce qui accentua l’écartement de mes cuisses. Je ruisselais, impatiente à l’idée qu’elle vienne à son tour me lécher. J’étais encore plus excitée d’être à sa merci, vulnérable, toute offerte. Je guettais le moment où sa langue glisserait sur ma brèche mais c’est une queue qui s’est engouffrée en moi, une queue d’homme toute dure.

Je n’avais rien perçu de sa présence jusqu’ici. Sous l’effet de la surprise, mon corps s’arqua, ce qui me rappelait que je n’étais pas libre de mes mouvements. L’homme qui s’était invité en moi continuait de me donner des coups de rein avec vigueur. Il enfonçait sa bite sans retenue, ses couilles butaient contre mon cul. Mes entraves me maintenaient en place en se resserrant un peu plus sous la force qu’il mettait à aller de plus en plus loin en moi. Salomé avait repris l’exploration de ma peau avec sa langue, avec ses doigts. Ses longs cheveux me frôlaient, ajoutant encore de la voluptuosité à ses caresses. Mon esprit tentait de reprendre le contrôle mais l’indécence de la situation ne faisait qu’augmenter mon excitation et mon plaisir et je m’abandonnais totalement aux deux êtres que je n’avais jamais vus. Soudain, l’homme me laissa vide et se répandit sur mon ventre dans un râle. Le liquide chaud emplissait mon nombril et coulait sur mes flancs. Salomé vint l’étaler encore davantage en glissant pour atteindre mon clitoris avec sa langue. Je jouis instantanément et des cris accompagnèrent le geyser qui giclait de mon entrecuisse. Il me fallut un moment pour reprendre mes esprits et calmer ma respiration. Salomé vint m’embrasser sur les lèvres tout en dénouant le bandeau de soie. J’allais la voir. Elle a dû lire dans mes pensées car elle me glissa à l’oreille :

—Attends un peu avant de libérer ton regard.

Alors j’ai attendu. C’est le bruit de ses talons s’éloignant de moi qui m’a fait secouer la tête pour dégager mes yeux. Je n’ai pas été assez habile. Je n’ai vu qu’une magnifique crinière rousse sortir de la chambre et refermer la porte derrière elle. J’étais seule dans la pièce, l’homme sans nom qui m’avait baisée comme on baise une chienne s’était volatilisé tout aussi discrètement qu’il était apparu.  Attachée au lit, je faisais face au miroir que je fixais du regard pour essayer de percer le reflet qu’il me renvoyait, les cuisses grandes écartées, le ventre plein de foutre, le cul au milieu d’une large auréole de ma propre jouissance, les cheveux collés par la mouille de Salomé. Je suis restée ainsi un long moment prenant conscience de l’obscénité de ma situation. Mon esprit tentait de me faire la morale, mon corps attendait la suite. J’étais affamée et me ré-jouissais d’avance. Que me réservait encore le lubrique joueur ?

On  frappa à la porte. Une femme de chambre entra. Elle ne parut pas surprise de me voir ainsi offerte et souillée.

—Je viens refaire la chambre dit-elle sobrement.

Elle eut la bonté de défaire les liens qui me retenaient au lit. Je me rhabillai, toute hontoyée que j’étais devant elle et m’avançai vers la porte en jetant un dernier regard vers le miroir. J’y devinais le bout rougeoyant d’un cigare.

****

Troisième épreuve

Les jours défilaient et je n’avais toujours pas reçu les instructions. Je me repassais souvent le film de la soirée en me masturbant. Un film fait de sensations, de caresses, de pénétrations, de jouissance, de sons. Je n’avais aucune image si ce n’est le décor de la salle de jeu, d’une crinière de feu et du bout rouge d’un cigare. Je n’ai pas saisi ce que l’organisateur attendait de moi pendant cette épreuve, je me suis juste laissée aller sans jamais poser de limite ni de protestation. J’en suis moi-même étonnée. Je ne m’étais jamais abandonnée ainsi, sans aucun contrôle, sans même poser un visage sur les personnes qui usaient de mon intimité. Mais le plaisir que cela m’a procuré réclamait de ressurgir, d’éclater en moi. Et j’ai accueilli l’enveloppe déposée dans ma boite aux lettres avec le sourire, le cœur battant et le souffle court.

Cette fois j’étais invitée à une soirée libertine que je qualifierais de nudiste. Je m’attendais peut être à tout sauf de devoir me présenter à l’épreuve sans rien. Mais j’allais me prêter au jeu tout comme je l’avais fait dans les précédentes épreuves. C’est avec des escarpins rouges, une huile qui parfumait ma peau et un trench que je montais dans un taxi. Le chauffeur m’a lancée un sourire entendu en m’ouvrant la portière. Je lui répondis d’un clin d’œil arrogant et me dirigeais vers le majordome, qui lui portait son uniforme et ses gants blancs. Je n’ai pas eu à présenter le carton d’invitation que j’avais glissé par précaution dans ma poche.

— Bonsoir !

— Bonsoir Popins, me dit-il en ouvrant la porte. Il m’emboîta le pas.

Le hall de « L’arbre de Penthée » est majestueux. Le haut plafond est orné de poutres apparentes et d’un magnifique lustre en cristal. Le sol est en marbre. Il donne sur le grand escalier recouvert de moquette rouge que j’avais emprunté la dernière fois. A gauche, une large porte en bois sculpté donne sur la pièce que je supposais être la salle de réception du fait de la musique et des rires que je devinais. Une autre porte plus modeste lui faisait face à droite. Mon portier me proposa de me débarrasser et c’est un peu gênée que je lui confiai le seul élément textile qui composait ma tenue. Je me retrouvais nue devant lui et je me consolais en projetant l’idée que, bientôt, j’allais me retrouver parmi les autres hôtes qui seraient, eux aussi, nus comme des vers. Il me demanda de patienter et il s’engouffra dans la pièce secondaire et ressortit sans mon trench mais avec un plateau rond argenté couvert de coupes, qui me semblait être à la finesse des bulles qui remontaient à la surface, du champagne. Il me le confia sans même me le demander. Il n’en avait pas besoin. Je le bénissais à l’idée d’entrer avec un accessoire qui me semblait pouvoir faire office de tenue. Il se dirigea vers la grande porte et m’ouvrit la voie vers la fête.

J’avançai de deux pas et je stoppai net, le souffle coupé, mes yeux ayant parcouru la pièce du regard. Oui c’était bien le lieu des réjouissances. Il devait y avoir une trentaine de personnes, hommes, femmes qui se déhanchaient, se frôlaient, s’embrassaient, riaient. Ils ne prêtaient pas attention à moi, tout occupés qu’ils étaient à leur plaisir. Vêtus élégamment de costumes et autres robe, ils portaient tous un loup qui dissimulait leur visage. Loups en dentelle, en satin, parés de plumes, de perles, plus ou moins larges, plus ou moins couvrants. J’inspirai un bon coup et avançai parmi eux en me cramponnant au plateau pour me donner de la contenance et pris naturellement le rôle de serveuse, peut être celui de servante. Je passais entre les corps mêlés et proposais mon breuvage à ceux qui avaient une main libre. J’arpentais la salle à la lumière tamisée, des éclairages rouges apportaient de la chaleur au lieu et laissaient deviner la tapisserie épaisse au mur. Mes talons scandaient mes pas et annonçaient l’arrivée du champagne. Des bras se tendaient vers le plateau, se délestaient de leur coupe vide et se resservaient. On me remerciait tantôt d’une œillade, tantôt d’une tape sur les fesses. J’avais l’impression délicieuse de contribuer à la débauche environnante en dispensant la boisson qui libérait les comportements obscènes des invités. Dans un coin de la pièce, deux hommes s’affairaient autour d’une femme qui commençait à me rejoindre dans sa tenue. Elle s’était débarrassée de ses vêtements pour mieux offrir son corps aux quatre mains qui l’exploraient. Ils s’embrassaient, se caressaient. Je m’approchais de ce trio quand elle ôta le bouton du pantalon de l’un d’eux, qu’elle agrippa la queue dressée devant elle et qu’elle se mit à la lécher du bout de la langue. Ils étaient trop occupés pour prêter attention au plateau que je leur tendais et je repris ma marche avec un soupir de frustration. Les étreintes autour de moi m’échauffaient et j’espérais que mon rôle dans la soirée ne se résumerait pas à faire le service, je désirais que l’on se serve de moi.

Des mains se posèrent sur mes hanches, sans crier gare et glissaient sur mes fesses. Ma tripoteuse était derrière moi mais ses mains trahissaient son genre. De fines mains douces, aux ongles vernis. Elles me caressaient avec douceur. Un baiser posé dans mon cou me fit frissonner.

— Bonsoir Popins, me glissa à l’oreille ma douce anonyme.

Cette voix je la connaissais, je la reconnaissais, c’était la voix de Salomé.

— Bonsoir Salomé lui répondis-je sans même me retourner.

Je fermai les yeux, transportée instantanément dans les plaisirs passés. Salomé continuait de me caresser tendrement le postérieur. La douceur de ses mains contrastait maintenant avec les morsures qu’elle s’appliquait à me faire dans le cou, des morsures légères du bout des dents mais qui pénétraient ma chair alors que ses doigts effleuraient ma peau. Ses cheveux frôlaient à présent mes épaules. Je sentis le plateau vaciller en avant et je me ressaisis. Je me retournai vers elle, me défaisant de ses mains et de ses crocs.

–Vous prendrez bien une coupe de champagne ?lui ai-je dit tout en lui lançant un sourire et en lui présentant le plateau qui commençait à manquer cruellement de boisson.

Elle portait une longue robe noire à fines brettelles, fendue sur le côté jusqu’à mi-cuisse, son loup était très simple, juste un léger masque en tissus satiné qui laissait ses pommettes bien apparentes. Ses yeux en amande étaient mis en valeur par une bordure dorée, ses longues boucles, seule image que j’avais d’elle jusqu’à présent, tombaient sur ses épaules. Elle était magnifique.

Salomé termina son verre, le déposa sur mon présentoir argenté et prit les deux dernières coupes.

— Je suis heureuse de te revoir dit-elle. A ta santé ! Et nous trinquâmes.

On vint la saluer en la prenant par la taille et on me priva d’elle. Je finis ma coupe d’un trait pour compenser ma frustration. En bonne serveuse consciencieuse que j’étais, je me dirigeais vers la porte pour aller réapprovisionner mon plateau à délices. Il faisait bien plus froid dans le hall. Mes tétons se dressèrent et mes poils s’hérissèrent. Je frappai à la porte secondaire et on me donna un autre plateau. Et je retournais me mettre au chaud dans la salle des débauches. L’ambiance était de plus en plus lubrique. Je n’étais désormais plus la seule nue, et ci et là, les corps s’entremêlaient. Certains dansaient lascivement, à deux, à trois et n’hésitaient pas à pénétrer à l’intérieur des uns des autres. C’est seulement quand mes yeux croisèrent mon reflet que je remarquai le grand miroir au fond de la pièce, qui jusque là était recouvert d’un rideau rouge en velours épais. L’homme au cigare avait dû prendre son poste. Cette idée m’excita. Je commençais à être lassée de voir tous ces ébats autour de moi sans y prendre part, j’étais surtout frustrée. Mais j’avais les mains prises, et quand bien même elles avaient été libres, je ne me serais pas autorisée à y prendre part sans avoir reçu de consignes. C’était une épreuve et mon rôle semblait se résumer, pour le moment, à abreuver les convives. Mais j’avais envie de jouer, de provoquer celui que j’imaginais se délecter en admirant la débâcle dionysienne bien à l’abri des regards, tel Penthée dans son arbre. Mais le roi de Thèbes avait été remarqué et il avait payé de sa vie son voyeurisme. Sans vouloir en arriver à de tels extrêmes, je voulais qu’il sache que je le voyais, que je le devinais et que cela m’amusais. Alors j’ai posé le plateau sur une petite table à proximité, je pris une coupe et me mis à lécher la bordure du cristal en me déhanchant sur « A wither shade of pale » qui passait à ce moment, je bus une petite gorgée, me pinçai les lèvres et repris mon effleurement labial tout en fixant le miroir et en promenant ma main sur mes seins. Je le narguais, me rebellais. Salomé vint me rappeler à l’ordre.

— Que fais-tu ?

— Rien, je bois un peu. Cela m’est interdit ?

— Non, pas vraiment. Allez viens ça va être l’heure de la pièce montée. Tu es attendue à l’office.

Je soupirai mais obtempérais, laissant le plateau à disposition sur la table. Je pestais à l’intérieur. A croire que le joueur ne voulait pas que je m’amuse, enfin, il voulait surtout que je joue son jeu à lui, garder le contrôle de mon comportement, de mes gestes, me rappeler que c’était lui le maître du jeu, je ne pouvais m’empêcher de penser cela.

La pièce montée…. après avoir proposée des coups à boire, j’allais servir des petits choux.

La traversée du hall provoqua à nouveau la réaction épidermique consécutive à la morsure du froid. Je frappai à la porte de l’office et on me fît entrer. Je découvris un chariot élégamment décoré, assez bas, presque un char de carnaval en miniature. Plusieurs pièces montées faites de choux à la crème ou de macarons multicolores étaient disposées dessus. Mais surtout je remarquai un emplacement au milieu de celles-ci, un fauteuil incliné qui ressemblait aux sièges baquets des voitures de sport. Je ne fus pas vraiment surprise quand on m’invita à m’y installer. Et on nous transporta, les pièces montées et moi, au milieu des ogres lubriques après avoir allumé des fontaines à étincelles qui accentuaient la mise en scène. J’avais la sensation exquise d’être la reine des cons en plein défilé. On plaça le char au centre de la pièce à disposition des convives.

Ma position était obscène, j’étais allongée nue sur le dos, la poitrine bombée par l’inclinaison de mon fauteuil, la tête légèrement en déclive, les jambes écartées, mes escarpins aux pieds. Les gourmands n’hésitèrent pas longtemps et, rapidement, un attroupement se forma autour des gourmandises sucrées toutes offertes. Des mains se servaient en pâtisseries, d’autres se servaient de mes seins, de mon con qui ruisselait déjà. De la crème anglaise était étalée sur mon ventre qu’une langue avide venait aussitôt faire disparaître. Des queues se présentaient devant ma bouche répandant parfois un jus chaud au fond de ma gorge que j’avalais d’un trait pour pouvoir reprendre rapidement mes dégustations, et ma langue repassait de l’une à l’autre. On me fourrait aussi par la chatte, tantôt avec douceur, tantôt sans ménagement. Je jouissais d’être ainsi utilisée. Je n’étais pas en reste des plaisirs saphiques, hommes et femmes se relayaient dans l’utilisation de mon corps. Je différenciais les cunnilingus féminins par la finesse de la langue qui me le prodiguait, la douceur du menton qui s’appuyait sur mon cul et par les caresses des cheveux longs sur mes cuisses. Sans même avoir besoin d’ouvrir les yeux clos de plaisir depuis que la première main s’était posée sur moi.

L’orgie sucrée dura un long moment, qui me parut pourtant bien court tant je désirais qu’il ne s’arrête jamais. Mais petit à petit, repus et épuisés, les dégustateurs se raréfiaient. On vint retirer le carnavalesque char avec le seul dessert encore présent en son centre. Une fois dans l’office, je me remis debout, mes jambes flageolaient. J’étais collante de salive, de mouille et de foutre. Le majordome me présenta mon trench et m’aida à l’enfiler, puis me raccompagna vers la sortie sans dire un mot. Un taxi m’attendait. C’est dans le rétroviseur intérieur que je découvris mon visage, mes joues rosies, mes cheveux gluants et le large sourire que je ne pouvais m’ôter, heureuse d’avoir été ainsi la pièce à monter et de l’extatique jouissance que cela m’avait procurée. Mon corps me rappelait mes exquises sensations, mes seins étaient tout sensibles après tant de caresses et de pincements, ma chatte me brûlait après tant de pénétrations phalliques et digitales. Je ne pris même pas de douche avant de me coucher, souhaitant ainsi prolonger la béatitude qui m’enrobait, en gardant en moi, sur moi les traces des différents fluides sur ma peau.

****

Épilogue

C’est la semaine suivante que j’ai reçu le contrat qui allait bouleverser ma vie ordinaire.

Le gros lot du concours était une place en tant qu’employée chez Penthée, nourrie, logée, blanchie. Je n’ai pas hésité une seconde, ce n’était pas une nuit d’orgasme qu’on me proposait, c’était une vie de luxure et de débauche. Je suis depuis le jouet, la chose à disposition des hommes d’affaires qui souhaitent s’offrir une pause entre deux négociations de contrats juteux, des habitués libertins ou des propriétaires des lieux, parfois à disposition de tous à la fois.

Salomé est devenue mon amie, mon amante, ma confidente. Nous arpentons les expositions et les concerts quand on ne fait pas usage de moi. Elle est l’épouse de Penthée, et si elle je la connais par cœur, de son mari je ne connais que le bout rougeoyant d’un cigare. Son plaisir est dans le voyeurisme et il ne prend, en tout cas à ce que je sache, jamais part aux jeux sexuels qui se déroulent dans sa demeure.

Cela fait maintenant deux ans que je suis La pute de luxe qu’on prend quand on le désire, La salope qui avale sans en perdre une goutte, La chienne qu’on encule sans ménagement sous les yeux de mon Maître, toujours terré derrière son miroir. Et pour rien au monde je ne céderais ma place.

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