Le pantin et le peintre

Photo le 13-05-2018 à 12.29

 

Dans son atelier empli de volutes de fumée, le peintre s’endort. L’ambiance douce et tamisée produite par les multiples bougies odorantes disposées un peu partout dans la pièce contraste avec l’agitation qui vient du dehors. Les gens crient et courent, occupés à lutter contre l’ennui de leur morne vie, remplissant leur vide intérieur par l’accumulation d’un tas d’objets superflus qu’ils déposeront au pied du sapin. C’est la fin de l’année, les fêtes approchent avec leur lot d’hypocrisies courtoises. Chacun s’active à la recherche du présent chaleureux censé palier à la froideur des relations. L’artiste, seul dans son terrier, est loin de cette effervescence. L’égoïsme et la méchanceté de ceux de son espèce l’ont peu à peu retranché dans son monde imaginaire fait de partage, de plaisir et de générosité. La trahison et la déception ont insidieusement réduit ses relations humaines et c’est maintenant seul auprès de ses pinceaux, tubes et toiles qu’il poursuit sa quête, celle qui depuis toujours, au fond de lui, le pousse à continuer à créer malgré tout, presque malgré lui.

Elle s’approche du lieu du rendez vous. Son corps s’approche mais son âme, elle, est à côté de son enveloppe charnelle et observe le petit pantin qui se dirige vers un inconnu afin de satisfaire ses envies. Elle imagine la scène machinalement. Un gros porc dégueulasse l’attendra sur son canapé la queue bien dure tout occupé à tripoter son simulacre de virilité depuis des heures afin de rentabiliser pleinement sa dépense, imaginant, à juste titre, qu’elle ne lui refusera rien. L’argent a beaucoup de pouvoir dans ce monde, même celui de faire croire que l’autre nous appartient. Et c’est sûr de lui qu’il pensera la posséder tout entière. Elle s’imagine agenouillée devant lui, le cul et le con bien ouverts, accentuant sa cambrure pour susciter davantage le désir chez un homme que la frustration a poussé à l’esclavagisme. Elle sait qu’elle se montrera fort docile, acceptant l’enfouissement sauvage dans le creux de sa gorge, l’intrusion violente dans son trou humide, la dilatation obscène de son anus. Elle gémira, halètera, simulera. Et son client, rempli de certitudes monnayées, pourra déverser sur elle, en elle, son jus chaud avec le contentement de l’homme soulagé de sa bestialité. C’est avec un sentiment de mépris que la petite marionnette lève le bras jusqu’au bouton de la sonnette qui en retentissant annoncera le début de son calvaire consentant car lucratif.

Le bruit strident et métallique interrompt brutalement le repos du peintre et met fin à ses rêves sensuels. La pute, habituée à ne pas être accueillie, est déstabilisée par cet homme qui s’évertue à la mettre à l’aise. Il n’est pas coutumier de toute évidence des relations monnayée car au lieu de lui sauter dessus, il lui fait la conversation. Il lui a offert à boire. Tout en savourant sa coupe, elle réajuste méthodiquement la jarretière délicate qui enserre sa cuisse ferme et lisse, seul élément textile qui recouvre son corps nu. Elle attend qu’il lui intime l’ordre de le sucer profondément. Enfin l’homme vêtu d’une blouse bleue qui trahit ses activités artistiques lui expose ses attentes. Il veut la voir jouir par elle même. L’experte en pratiques sexuelles se mût alors en une adolescente maladroite à la découverte de son corps. Elle est pourtant très habile, toute seule dans le réduit qui lui sert de logement, pour s’offrir la jouissance qu’elle fait miroiter à ses clients désespérés. Mais la douceur et la bienveillance de l’homme ont, petit à petit, raison de sa résistance et c’est sans s’en rendre compte qu’elle laisse ses doigts caresser son corps que tant de mains maladroites et rugueuses ont maltraité auparavant. Elle commence par ses seins dont les tétons durcissent sous les pincements et les rotations digitales. Rapidement, elle est dégoulinante, et plonge sa main au creux de son geyser intime. Ses doigts retrouvent spontanément les mouvements naturels, alternance de va-et-vient et de pression justement dosée sur le petit bouton qui déclenche son plaisir, habituellement solitaire. Le peintre installé devant son chevalet l’observe silencieusement. Il regarde la main qui disparait dans l’intimité inondée de la femme et cette vision fait monter son désir. Son sexe se durcit. Elle, désemparée face à sa propre excitation, chuchote des supplications au voyeur assis en face d’elle. Elle lui demande son sexe, qu’il tient maintenant entre ses mains. L’idée d’avaler cet homme bienveillant amplifie son plaisir de manière presque intolérable et une première fois elle jouit sans retenue. Cet orgasme met en mouvement l’artiste qui présente son phallus devant la bouche gourmande qui ne demande qu’à l’accueillir. Elle passe la langue sur le gland, décrit des cercles sur le bout dur qui se dresse devant elle. Elle lèche la peau toute douce de ce pieu généreux, retardant le moment où elle l’enfouira tout entier. Elle descend de plus en plus et s’attarde sur les deux boules fripées gardiennes de la précieuse semence. Sa langue glisse vers l’entrejambe et vient s’attarder autour de l’étoile qu’elle a fait apparaitre en écartant les fesses poilues. Allongée sur le dos elle sent le cul masculin se presser contre son visage, l’incitant subtilement à pénétrer de plus en plus à l’intérieur de lui. Ses mains ne lui suffisent plus. Elle veut sentir l’homme en elle. Alors elle accompagne la rotation de leur corps et se retrouve à califourchon le cul tendu vers lui sans lâcher la verge maintenant engloutie par sa bouche baveuse. Elle lui présente ses trous et c’est sans précaution mais avec générosité qu’il les défonce consciencieusement avec ses doigts, avec ses mains, avec son cœur. La pute arrogante est devenue amante soumise et c’est en l’implorant de continuer qu’elle avale goulument le foutre de son amant d’un soir  tandis qu’elle l’inonde odieusement. 

Ils connaitront ensemble la jouissance suprême qu’ils s’offriront mutuellement toute la nuit durant. Le temps ne compte plus. Elle profite de la tendresse qui lui est offerte. Le peintre pourra alors saisir l’expression du visage de son modèle en plein abandon et terminé dans son esprit le tableau onirique inachevé depuis tant années.

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