Papi Firmin, pépé gâteau

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Xan Stark

 

Mon grand-père est mort la semaine dernière, le jour de Noël. J’ai retrouvé son corps au sol dans l’arrière-cuisine, une bouteille de pinard à la main.

Quand on trouve un mort, on ne sait pas comment agir. J’ai d’abord fait le balancier, basculant mon corps tétanisé de gauche à droite, puis j’ai appelé les pompiers, certainement avec l’illusoire espoir qu’ils pourraient le sauver. Peine perdue !

C’était un homme formidable et il me manque déjà terriblement. Je vois encore ses yeux rieurs quand il me taquinait. J’entends toujours le bruit sourd de son hélicon quand il fêtait mon arrivée en fanfare. Pompompom…

Cela fait trois jours que je me traîne dans sa maison, au milieu de son bric-à-brac. Des souvenirs entassés ça et là au fil de ses rencontres, de ses voyages. Des tas d’objets bien familiers pour moi ; un à un il me les avait racontés. Mais aujourd’hui je me rends compte qu’il m’a caché sa plus grande vérité.

Sous l’alcôve de sa chambre, en face de son lit en noyer au couvre-lit patchwork, j’ai trouvé un coffre dissimulé derrière un grand miroir sur pieds. Il est fort bien gardé : cadenassé et enchainé.

Vous qualifierez peut-être mon acte de trahison mais je l’ai ouvert. S’il ne voulait pas que je découvre ses secrets, il ne m’aurait pas envoyé la clé. Hier une enveloppe à mon nom est arrivée avec le précieux sésame et ses mots  » Il est temps que tu découvres ma face cachée ma Lili ».

Dedans, j’ai trouvé des correspondances, mots sulfureux et parfumés blottis dans des enveloppes au liseré rouge et bleu, vestiges de l’aéropostale. Et papi Firmin devenait mon bébé, mon bien-aimé, mon désiré. Des mots doux et des mots crus que j’ai lus et dégustés.

Dans une boite en carton irisée, des clichés de mon pépé. Non pas un album de famille mais des images en noir et blanc, prises dans sa chambre. Des femmes aux jambes grand écartées, la vulve nue sous une crinoline ou un déshabillé en coton.

Et c’est joyeuse que j’ouvrerai la procession qui l’accompagnera vers son tombeau. Moi qui l’imaginait seul et fané dans sa grande maison, tel un esclave au fond d’un ergastule, je le sais maintenant heureux et jouissant. Papi Firmin, pépé gâteau était en fait un gros cochon.

Moralité : Les chiens ne font pas des chats !

 

Contrainte du 2/01/2018 : Aéropostale, alcôve, arrière-cuisine, balancier, bric-à-brac, crinoline, ergastule, hélicon, trahison

5 commentaires sur “Papi Firmin, pépé gâteau

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