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Sydney Sie

 

Cent jours que je vis sans toi. 

Je ne les compte pas mais figure-toi qu’apparemment mon inconscient lui si, sans même que je m’en rende compte. Il a pointé le premier mois, les quarante-quatre jours et aujourd’hui le centième. Et, une fois de plus, ton absence et le silence qui l’accompagne hurlent dans mon coeur. Aussi grotesque que cela puisse paraitre, j’ai besoin de trouver des explications, de justifier pourquoi à ce moment là c’est beaucoup plus douloureux. La souffrance est présente chaque jour mais silencieuse, discrète compagnie qui se mue en boucan qui fait mal aux oreilles.

Oh rassure-toi Sarah, j’ai des moments de répit, voire même de liesse, des jours emplis de joie et de vie, d’en-vie.

Cent jours que tu as choisi la mort. Un choix par défaut, faute de mieux. Une décision que tu imposes à ceux qui t’aiment. Et nous on reste planté là et on rame. Parfois la mer est calme, sereine et douce. D’autres jours c’est la tempête mais pas une tempête orageuse, non. C’est une dépression, un maelström, un siphon qui m’aspire, une baïne qui m’emporte au large.

Certains sont en colère contre toi -celles et ceux qui aiment ceux qui t’aiment- moi je ne peux pas t’en vouloir. Comment te reprocher ta détresse ? 

Pourtant la colère me ferait du bien, je le sais. Elle est source de mouvements, c’est une énergie forte mais destructrice et je ne veux rien détruire de toi et de tout ce que nous avons vécu ensemble toutes les deux. Et pour ne pas abimer ce trésor je me tais et je pleure en silence, loin des autres pour ne pas qu’ils se fâchent encore davantage contre toi, parce qu’ils ont mal pour moi. Pour ne pas peser sur eux. Ou qu’on me dise que je devrais sourire, que je t’ai déjà assez pleurée. On est toujours seul face à la mort, que ce soit la sienne ou celle des autres. Chacun la vit à sa façon.

Sans colère, il ne me reste que la tristesse, le manque et l’incompréhension.  Car si je sais ce qui t’a poussée insidieusement vers la mort, je ne peux pas l’accepter, l’intégrer dans mes tripes. Si mon esprit raisonne, pour mon coeur c’est du charabia. 

Nous étions si semblables et je nous découvre si différentes, c’est étrange. Et c’est aussi ce qui me fait mal. Une désillusion. C’est l’année de nos quarante ans. J’ai passé les trois quarts de ma vie avec toi ma soeur de coeur. Il me reste peut-être encore quarante ans à vivre sans toi. C’est inconcevable. Je souris en écrivant cela, apparemment je deviens mathématicienne, je calcule pour rationaliser l’impensable. Cela n’apaise pas ma peine, cela inscrit mon cheminement dans le temps. 

Je me sens comme un seau ou une barque qui prend l’eau. Quoi que je fasse il se remplit inexorablement et finit par déborder. Pour écoper et éviter de couler je n’ai que les larmes et les mots. Je préfère les mettre par écrit et mouiller la page blanche sur laquelle je griffonne. Je ne veux pas déranger, je ne veux pas lasser ni plomber les vivants. Je les embrasse et ris avec eux quand c’est possible pour moi.

Mais je dois dire ce que je ressens, en toute franchise avec moi-même et envers toi.  J’ai mal. J’ai créé ce blog pour cela, deux mois après ton décès comme une issue pour pouvoir m’exprimer en toute liberté, sans censure ni jugement. Je n’impose à personne de me lire, tout comme je refuse qu’on me dise ce que je devrais ressentir ou comment je devrais faire. Je fais d’une mort une naissance, une renaissance parce que je vais renaître. Un nouveau Moi fait d’un Nous. Je ne l’avais pas encore utilisé à cette fin jusqu’ici, par pudeur. C’est une première et cela me fait du bien. J’ai le besoin de hurler comme je souffre du manque de toi pour m’en libérer et continuer ma vie. Aller au fond de ma souffrance, la regarder en face sans chercher à la fuir parce que de toute façon, je ne peux pas y échapper. On ne décide pas d’être joyeux ou heureux, on fait ce qu’on peut. Comme toi tu as fait de ton mieux.  Ici tu existes encore Sarah et pour moi tu seras toujours là. Et je continuerai à m’autoriser à te faire vivre à travers mes mots pour alléger mes maux. Tu me manques, terriblement.

Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai copine. 

 

 

 

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